SEPT VIES ou le rictus de culpabilité

Avec Will SMITH, Woody HARELSON, Rosario DAWSON

Ben Thomas est inspecteur des impôts à Los Angeles. Il vit seul dans une chambre de Motel avec son aquarium et sa méduse mortelle.

Entre deux tourments insomniaques et quelques cauchemars, il passe ses journées à rechercher des contribuables en délicatesse avec le fisc. Pas des riches, non : une femme battue et ses deux enfants, un agent de vente par téléphone qui a la particularité d’être aveugle, une jeune femme faisant profession d’imprimeur qui a une grosse fragilité cardiaque…

Sept ViesCurieusement, ce sont les déficiences diverses de ces personnages qui intéressent Ben et notamment l’alerte cardiaque qui guette la belle Emily Posa (alias Rosario Dawson) à qui il s’est attaché. Après une nuit d’amour avec elle, il décide de révéler ses motivations profondes.

Après « A la recherche du bonheur », « Sept vies » est la deuxième collaboration entre la star Will Smith et Gabriele Muccino. Il existe deux points communs entre ces  films : une mise en scène au service d’un acteur unique et le registre du mélodrame. L’enjeu pour Will Smith, producteur, est de se donner les moyens de paraître comme un acteur complet, « oscarisable » par delà les films de comédie ou d’action qui ont fait son immense notoriété.

Dans le premier film, malgré ces ficelles qui n’ont rien d’artistiques, l’objectif était atteint : Will Smith obtenait une nouvelle nomination aux oscars et arrivait à nous arracher des larmes tant sa composition d’un homme acharné à réussir sa vie professionnelle pour s’occuper de son fils, était bouleversante.

Force est de constater qu’avec « sept vies », les mêmes recettes ne fonctionnent pas et les ficelles deviennent des cordes qui barrent tout l’écran, nous plongeant tour à tour dans l’ennui, l’irritation et le sentiment d’avoir perdu près de deux heures.

On vient de perdre deux heures à suivre une histoire mal écrite, qui a la prétention, de faire le parallèle entre Will/Ben et le Créateur. « En sept jours Dieu créa le monde, moi, j’ai perdu la mienne en sept secondes ». Ainsi commence un film qui s’empêtre dans un scénario traitant pêle-mêle du Bien, du Mal, de l’usurpation d’identité, de culpabilité et de rachat.

Mais n’est pas Abel Ferrara ou Lars Von Triers qui veut.

Certes il n’y avait déjà pas de mise en scène, de point de vue, dans « A la poursuite… », mais la narration avait le mérite d’être linéaire. Ainsi elle nous permettait de suivre le personnage dans sa quête et de développer une réelle empathie avec lui.

Il est entendu que ce type de film, pur produit de commande, fonctionne comme un concept au service de l’ambition d’une star. Dès lors pourquoi avoir voulu « faire artistique » en déstructurant le fil narratif, avec force flash back, installations de scènes pseudo mystérieuses, préparations à n’en plus finir durant une heure trente pour terminer par une demi-heure de pseudo révélations visant à reconstituer le puzzle ?

Durant une heure et demie on voit défiler une suite de gros plans où la photo n’est pas belle et la musique « putassière » surligne la dramatisation et veut à toute force nous signifier de préparer nos mouchoirs. Ennui.

Une heure et demie durant, Will Smith nous impose son jeu qui se résume en un « rictus de culpabilité ». Il est de tous les plans, de toutes les scènes avec une expression unique : celle d’un homme qui porte une profonde souffrance qu’il ne nous révèlera qu’à la fin, bien sûr… Irritation.

Viennent les trente dernières minutes où tout s’accélère. C’est le climax avec tous les clichés du genre : succession précipitée des séquences, course folle sous la pluie, flash back, faux rythme, révélations, violons, violons et larmes mesdames et messieurs ! Sauf que là, ça ne marche pas, pas pour tout le monde en tout cas.

Un film pour rien, une soirée de perdue.

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